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21/01/2012

" Je crois en la vigueur de la force citoyenne et je lui fais confiance dans son expression en 2012." Discours de voeux de Dominique Bertinotti



Cher(e)s ami(e)s,

Permettez-moi tout d’abord d’adresser mes plus vifs remerciements à Fabrice Peltier qui est l’auteur de nos sapins de Noël recyclés cette année, de nos nouveaux lustres temporaires (je rassure certains), bref du relooking de notre Mairie, la projetant du XIXème au XXIème siècle. Permettez-moi aussi de vous dire que c’est toujours avec grand plaisir que je partage ces moments avec vous, que je vous accueille ici dans votre diversité, dans le respect de vos opinions, de vos choix de vie et de vos engagements.

Nous voilà à l’aube d’une année importante pour le destin de notre pays. Nous venons de  connaître une année où l’intensité de la crise économique, écologique, pensons à Fukushima, a mis en exergue les rudesses et les contradictions de la mondialisation soulignant que les victimes des crises sont avant tout celles et ceux qui  étaient déjà auparavant les plus abandonnés. Cette violente crise financière et boursière a entraîné le monde dans une récession de grande ampleur, jamais les inégalités ne se sont autant creusées. Comme le soulignait récemment un sociologue : « L’image n’est plus celle d’une société à deux vitesses. Désormais une partie de la société a le sentiment qu’elle fait marche arrière parce que l’autre fait marche avant ». Vision réaliste ? Vision catastrophiste ? Des analystes font un parallèle avec 1929 et le krach boursier. Peut-on convoquer ainsi l’Histoire ?

*****

L’Histoire, dites-vous ? Ecoutez :
« Il est impossible de laisser l’Etat dans le danger sans cesse imminent auquel l’expose un déficit tel que celui qui existe, impossible de continuer à recourir chaque année à des palliatifs et des expédients, qui, en retardant la crise, ne pourraient que la rendre plus funeste. »
A votre avis, qui est l’auteur de ces propos ? Nicolas Sarkozy, François Baroin, Angela Merkel ? Et la date : en 2008,  en 2011 ?
Non, l’auteur : un ministre des Finances, certes, plus exactement un contrôleur général des finances, un siècle, le XVIIIème : Calonne, Ministre des Finances du Roi Louis XVI s’exprimant ainsi le 22 février 1787 devant l’assemblée des notables à Versailles. A quelle occasion ? Une situation financière catastrophique de la France, comme il le dit en des termes de l’époque « les finances étaient dans un grand dérangement », une dette chiffrée à plusieurs centaines de millions, frisant le milliard d’emprunts et Calonne, loin d’être un  révolutionnaire, voire même tout simplement, loin d’être un homme de cette génération des Lumières soumet une réforme fiscale qui, pour réussir, suppose l’adhésion de l’aristocratie. Alors il dénonce les « abus », on dirait aujourd’hui les « niches fiscales ». Voici ses propos :
«  Les abus qu’il s’agit aujourd’hui d’anéantir pour le salut public, ce sont les plus considérables, les plus protégés, ceux qui ont les racines les plus profondes et les branches les plus étendues. Tels sont ainsi les abus dont l’existence pèse sur la classe productive et laborieuse, les abus des privilèges pécuniaires ; les exceptions à la loi commune ; et tant d’exemptions injustes qui ne peuvent affranchir une partie des contribuables qu’en aggravant le sort des autres. »…
Et de proposer :
« J’ai dû dévoiler au Roi cette triste vérité et le pénétrer de la nécessité d’employer les moyens les plus efficaces pour y apporter remède. Mais quels peuvent être ses moyens ?
Toujours emprunter ferait aggraver le mal et précipiter la ruine de l’Etat.
 Imposer plus ferait accabler les peuples que le roi veut soulager.
Economiser, il le faut sans doute. […] Mais l’économie seule, quelque rigoureuse qu’on la suppose serait insuffisante et ne peut être considérée que comme moyen accessoire. »
Alors Calonne fait au roi une proposition de réforme fiscale majeure, souhaitant ainsi «ramener l’impôt à son principe fondamental, le porter à sa vraie valeur, en ne surchargeant personne, et [en rendant] tout privilège inapplicable». Ce n’était même pas l’abolition mais simplement   la limitation de l’ancien système inégalitaire et irrationnel. L’aristocratie qui aurait dû consentir à quelques abandons majeurs en matière d’égalité fiscale rejeta d’un revers de main cette réforme, l’envoyant aux oubliettes. Calonne fustigea alors en vain l’égoïsme des aristocrates. On sait que la crise de la dette publique fut un des fondements principaux de la Révolution, même si à l’approche de 1789, s’y ajoutèrent les dimensions politique, économique et sociale.
Moi je vous dis que 2011 n’est pas la répétition de 1929, mais prend des allures de contexte pré révolutionnaire. Faudra-t-il alors pour en sortir, en passer par une nouvelle nuit du 4 août 1789 qui a vu l’abolition des privilèges ?
Et si je me permets ce parallèle, c’est qu’aujourd’hui la crise n’est pas simplement économique, politique ou sociale, elle est aussi une crise de civilisation, une civilisation dans laquelle l’humanité est menacée par l’indifférence.


*****

N’est-ce pas consternant que parler de l’école, de l’hôpital et de la justice aujourd’hui dans notre pays, ce n’est plus aborder ce qui fait leurs forces, c’est malheureusement décrire leurs crises, les malaises de leurs agents et les frustrations de leurs usagers ? Quelle est cette société dans laquelle pour se nourrir, se soigner, se loger, se chauffer, tout devient l’objet d’une terrible marchandisation ?

-    Qu’est-ce qu’une société qui continue de vivre au rythme des agences de notation ?
Dans un article récent du Parisien, à l’occasion du vote du budget de la Ville de Paris, la responsable du département Finances publiques de l’agence de notation Standards and Poor’s, répond à la question : « vous envisagez d’abaisser la note [triple A de la Ville de] Paris, pourquoi ? » Elle répond : « la mise sous surveillance négative de la note de la Ville de Paris est directement liée à la mise sous surveillance négative de la note de la France », et d’ajouter : « de notre point de vue, la note d’une collectivité ne peut pas être supérieure à celle de l’Etat, donc si la note de la France baisse, celle de Paris baissera aussi ». Autrement dit, comme la France vient de perdre son triple A, Paris va perdre son triple A. Raisonnement absurde, vous en conviendrez, raisonnement tenu par ce qu’on nomme nos élites !
Et si ce n’est pas l’agence Standard and Poor’s qui nous le dit, qu’à cela ne tienne, tournons-nous vers l’Agence Moody’s qui entend faire la pluie et le beau temps sur la gestion financière du monde. Au fait, savez-vous que son fondateur, John Moody, convaincu  que l’économie américaine pouvait prospérer sans fin, déclarait en 1927, deux ans avant le krach boursier de 1929 « nous vivons dans une nouvelle ère ! ». Quel visionnaire !
Insupportable cette prise de pouvoir des organismes financiers qui réduit notre société toute entière à des impératifs de rentabilité financière. Et je ne suis pas loin de partager les propos exprimés récemment par ce collectif de philosophe, sociologue, politologue dans une tribune du Monde : « Alors que le navire de Maastricht s’est déchiré sur les récifs de la crise financière, les capitaines s’épuisent à coller des rustines sur les débris qui flottent... dressant un constat sévère mais pas infondé d’une construction européenne où « Une idée a servi de clé de voute à l’architecture européenne depuis Maastricht  à savoir que les marchés seraient plus intelligents que les gouvernements et les électeurs… et que la zone euro aurait été conçue pour éliminer les politiques volontaristes et placer les Etats sous le pilotage automatique des marchés » Vrai beau débat à propos de l’Europe.
Mais force est de constater que rien n’échappe à ces agences de notation. Savez-vous par exemple que l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris a été récemment notée par l’Agence Standard and Poor’s ?

-    Et donc qu’est-ce qu’une société qui rogne sur l’égalité d’accès aux soins ? La santé va bientôt devenir un produit de luxe. Quelle régression !
A ce titre, le combat pour l’Hôtel-Dieu est emblématique de la crise que traverse notre système de santé. En espérant réaliser une « juteuse opération de spéculation immobilière », la direction de l’AP-HP a vu davantage dans cet hôpital historique, un placement financier, qu’un lieu de santé pour tous, quel que soit son niveau de ressources, et d’excellence médicale en plein cœur de Paris.
Ceci exprime avec force le délitement d’une société dans laquelle tout est susceptible d’être acheté ou vendu. L’hôpital public est en danger, personne ne doute qu’il doit s’organiser et s’adapter à la médecine du XXIème siècle, mais n’est-on pas en train d’assister à la création d’une médecine à deux vitesses : une médecine de confort pour ceux qui en ont les moyens. Aux pauvres, le minimum légal. Les cliniques privées vont-elles continuer de s’emparer de la médecine rentable ? Et que dire des assureurs privés qui pourraient se faire une santé sur la santé publique au moment même où de plus en plus de malades retardent, pour des raisons économiques, la consultation médicale. Ils sont déjà 4 millions de personnes à ne pas avoir de complémentaire santé ou à renoncer aux soins. A la question de la santé s’ajoute celle cruciale du logement.

-    Qu’est-ce qu’une société dans laquelle l’accès au logement devient un défi à chaque étape de sa vie ?
Les dépenses de logement pèsent de plus en plus dans le budget des Français qui devient le premier poste budgétaire. La hausse des prix creuse les inégalités au détriment des jeunes, des locataires du parc privé et des accédants à la propriété. En France, nous comptons près de 10 millions de mal logés, soit presque 1 Français sur 6. Peut-on imaginer de continuer à accepter de payer aux environs de 600€ par mois pour une chambre de bonne de 12 mètres carrés dans Paris ?

-    Qu’est-ce qu’une société où nombre d’hommes et de femmes ne parviennent plus à se chauffer ou bien sont contraints de réduire considérablement leur consommation énergétique ?
Près de 4 millions de Français sont en situation de précarité énergétique et la seule réponse aujourd’hui reste du domaine du caritatif où des livreurs de fioul ont décidé de venir en aide aux foyers les plus modestes grâce à une taxe qui finance des « bons de  chauffage » de 300€ distribués par les restos du cœur.

-    Qu’est-ce qu’une société qui fait douter les parents dans les capacités d’une école à assurer un avenir meilleur à leurs enfants ?
Pour réussir, il ne suffit plus d’aller à l’école, de bien travailler, le recours aux aides scolaires payantes devient incontournable. 3 étudiants de médecine sur 4 doivent débourser jusqu’à 3000 € pour des cours privés afin de se préparer au concours de 1ère année et espérer continuer ainsi leur cursus. Inadmissible qu’il revienne à la famille, et non à la collectivité, de payer ce qui constitue en définitive un investissement pour l'avenir. Et il est toujours aussi dur d’être fils d’ouvriers quand on sait qu’à diplôme égal, le milieu social d’origine favorise encore les favorisés et défavorise encore les défavorisés. Loin de s’estomper, l’écart se creuse.

-    Que penser d’une société où, lorsqu’on ferme une entreprise, on parle de plan « social » pour désigner souvent ce qui est en réalité un plan « boursier », avec des suppressions d’emplois qui permettent aux actionnaires de garder des taux de rentabilité à deux chiffres?

Alors oui, on peut dire que la financiarisation a envahi les secteurs essentiels de notre vie. Ce n’est pas un hasard si les propositions des artistes Dey, Speedy Graphito, Igor Kralik, JR et du collectif H5 pour la carte de vœux, aient toutes mis l’accent sur cet aspect de notre société, avec pour forte revendication la liberté. Merci à chacun pour ce bel engagement d’artiste-citoyen. 
Face à ce malaise existentiel profond et diffus, remettre l’humain au cœur de tout devient un impératif. Pour cela, il importe d’agir sans attendre pour transformer nos modes de production et de consommation et rendre nos modes de vie soutenables pour nous et nos enfants.
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Non, nous ne sommes pas condamnés à voir les inégalités s’accroître, non la mondialisation libérale n’est pas la seule possible, oui on peut aller vers un nouveau mode de vie plus respectueux de l’environnement et des personnes mais encore faut-il le vouloir et faire preuve d’un peu d’imagination.
Et si, et si, et si… Et si on changeait tout ? Et si on commençait par remettre l’humain au cœur de tout ?
-    Et si on changeait les finalités de l’économie ?
Anticiper la production d’énergies nouvelles, faire muter l’industrie vers les technologies propres, investir dans la recherche, raccourcir les circuits de distribution des producteurs aux consommateurs, bref la croissance verte, voilà autant d’opportunités d’emplois et de réponses à la crise. A notre modeste échelle, dans notre arrondissement, et entre autres grâce aux réflexions menées par les habitants dans le cadre des ateliers du futur, nous allons pouvoir travailler ensemble sur le développement du transport fluvial. C’est à cette fin que nous avons mené à terme en juin dernier une proposition du Conseil de Quai en réalisant le premier marché flottant du 4ème proposant des fruits et légumes d’Ile-de-France acheminés par bateau. Nous allons maintenant travailler à créer un marché alimentaire de produits issus des circuits courts, dont l’implantation pourrait se faire au cœur du Village Saint-Paul.
Changer les finalités de l’économie, c’est penser autrement le tourisme, c’est offrir la possibilité aux 13 millions de visiteurs annuels dans nos quartiers ou à une grande partie d’entre eux, la possibilité de vivre Paris comme les Parisiens dans le respect de ses habitants.  Bref un tourisme de partage entre visiteurs et résidents. Un syndicat d’initiatives, un label de qualité, des parcours touristiques nouveaux, des relations nouvelles entre habitants et touristes seront au programme de 2012.

-    Et si on réinventait enfin la démocratie ?
Il n’est plus un article, il n’est plus une analyse d’expert qui ne revendique un véritable regain de démocratie, condition sine qua non pour que les sorties de crise soient partagées par l’ensemble de la population et non pas subies par elle. Ce n’est pas en en rabattant sur le rôle du politique, comme le montre l’exemple récent de l’Italie, c’est-à-dire en s’en remettant à des techniciens de la finance, que l’on trouvera des réponses d’avenir. Il se pourrait que, d’ici quelques années, leur entrée soudaine sur la scène politique apparaisse rétrospectivement comme une manœuvre désespérée d’un système finissant, le mépris démocratique en plus.
Oui nous pouvons agir autrement dès aujourd’hui. Dans le 4ème, nous commençons à avoir cette tradition démocratique qui s’incarne et qui va continuer à s’incarner dans les ateliers du futur. 150 personnes tirées au sort ont planché sur l’agriculture urbaine, le logement, le commerce de centre-ville, la jeunesse et le rôle de notre hypercentre. Et le 25 janvier prochain, ils vous présenteront, lors d’une grande réunion publique, leurs avis citoyens et leurs propositions concrètes.
L’an dernier, je vous disais que « la société comme elle est, demande à être traitée en adulte, cela suppose de se projeter dans le temps de la souveraineté partagée et des décisions politiques co-construites ». Plus que jamais je réaffirme cette nécessité, non seulement pour notre arrondissement mais pour l’ensemble de la société. Et cette société ne peut se projeter dans un avenir démocratique que si elle n’oublie pas. Et en 2012, elle n’oubliera pas de rappeler ce qu’a signifié la rafle du Vél’ d’Hiv, expression d’une période pendant laquelle a été utilisée la peur des peuples, la peur de l’autre, où l’on a banalisé la xénophobie et l’antisémitisme.

-    Et si on changeait la société pour y exprimer plus de solidarité et de fraternité, ce troisième terme de notre devise républicaine si galvaudé ?
C’est le sens de la récente ouverture du pôle seniors destiné à tous, nouveau service public qui met à disposition compétences, expériences et savoir-faire et offre des échanges de services, des activités physiques et de bien-être, un espace Internet ou encore des cycles santé. Autant d’occasions pour un vrai mélange des générations en lien avec le Pôle Parents, juste à côté.
Cette même démarche, nous la retrouverons dans la réalisation de la maison intergénérationnelle  quai des Célestins. Les premiers coups de pioche vont être donnés début 2012 : 45 studios pour jeunes travailleurs et 47 studios pour les plus de 60 ans.
Solidarité également quand notre initiative en matière d’urbanisme permet la réalisation d’un immeuble quai Henri IV de plus de 130 logements, dont plus de la moitié sera dédiée au logement social et consacrée à de grands appartements susceptibles d’accueillir les familles.
Les familles : j’espère qu’enfin, au niveau national, on prendra en compte les évolutions et les transformations qui marquent les familles. La loi a du retard et ne s’est pas encore adaptée aux multiples façons de former une famille. Cela doit se traduire par une transformation majeure de la définition du cadre familial, ouvrant la possibilité d’union pour des personnes de même sexe et la liberté de penser les liens de parentalité dans des configurations variées. Autrement dit, oui au mariage homosexuel, oui à l’adoption par les couples homosexuels ou pacsés. A quand la reconnaissance du statut de parent social, différent de celui du géniteur ?


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Vous l’avez compris, la période que nous traversons impose une lucidité radicale, et qui dit lucidité radicale, dit mesures courageuses et audacieuses. Amartya Sen, prix Nobel d’économie, écrivait avec beaucoup de justesse : « qu’est ce qui devrait nous tenir éveillés la nuit ? Les tragédies que nous pouvons empêcher. Les injustices que nous pouvons réparer »
En cette année 2012, je nous invite, je vous invite, à refaire société, refaire société par le côté gauche, de cette gauche qui a pour mission de ne pas se réduire à être celle qui corrige à la marge les inégalités de revenus. Jusqu’à présent dans le monde intellectuel, toute réflexion sur les inégalités a porté sur la bonne distribution des richesses entre les individus et s’est contentée de se demander quels sont les écarts acceptables entre eux. Aujourd’hui, il devient urgent de changer de focale car il s’agit d’organiser un monde commun. Et c’est donc d’une forme sociale qu’il faut discuter et pas seulement d’une forme de distribution.
La société française affrontera d’autant mieux ces défis qu’elle sera plus consciente de ses atouts. Pour cela, il faut sortir du découragement : première règle pour reprendre courage, il faut déjà cesser de chuter. Deuxième règle : retrouver la vitalité. Troisième règle : il faut chercher la force là où elle se trouve. Je crois en la vigueur de la force citoyenne et je lui fais confiance dans son expression en 2012.
Aujourd’hui, on assiste dans notre monde aux révolutions arabes avec toute leur part d’incertitude et de bonheur. On assiste au mouvement pluriel des révoltés ou des indignés. Autant d’indicateurs forts qui nous sont lancés. Sont-ils l’expression d’un climat pré révolutionnaire, encore que je sache que l’histoire ne se répète jamais. D’ailleurs le titre de l’article de ce collectif dont je vous parlais précédemment est : « contre le discours dominant sur la dette publique : l’insurrection démocratique ». Il conclut de la sorte : « Face à la surdité des élites, une insurrection démocratique est nécessaire en Europe comme d’  ailleurs aux Etats Unis, dans le monde arabe, en Russie. Il s’agit de refonder la démocratie dans le champ politique et …l’élargir au champ économique, L ‘horizon semble bouché : dégageons le en réinventant notre démocratie ». J’en suis convaincue, comme je suis convaincue que nous ne sortirons de cette crise par le haut que si nous saisissons l’opportunité de réformer radicalement la trajectoire que prennent l’économie et la planète.
Alors, pour 2012, pour vous personnellement, d’abord, je vous adresse en toute simplicité mes vœux les plus amicaux et chaleureux de bonheur, de santé, et de succès. Que 2012 s’avère une année pleine de dynamisme et d’avenir !
Enfin, quand on espère de la gauche, alors on fait appel à Victor Hugo qui écrivait : « du verbe de Dieu est sortie la création des êtres, du verbe de l’homme sortira la société des peuples. (…) Non ne nous laissons pas abattre. Désespérer c’est déserter. Regardons l’avenir. » Je vous y invite avec confiance.

15/01/2012

Soutenons le Pacte contre l’échec scolaire et affirmons que le bonheur éducatif est possible

http://www.dominique-bertinotti.fr/blog/2012/01/soutenons-le-pacte-contre-l%C3%A9chec-scolaire-et-affirmons-que-le-bonheur-%C3%A9ducatif-est-possible-.html



Oui, le bonheur éducatif est possible ! C’est exactement ce que traduit l’Appel pour un Pacte contre l’échec scolaire publié ce matin dans Libération que je vous invite tous à signer (ici). 
Félicitons-nous qu’un nouveau débat sur l’éducation qui sorte des schémas classiques soit rendu possible par cet appel, en proposant un projet éducatif novateur et porteur d’avenir. La diminution drastique des moyens financiers accordés à l’Education Nationale est un problème majeur. La suppression des postes d’enseignants l’est aussi. Le discours doit certes porter sur les moyens mais aussi sur des finalités repensées de notre système éducatif.
Les thématiques à proposer peuvent être iconoclastes. Elles doivent aboutir à renouer le dialogue avec et entre tous les acteurs de l’éducation. Il faut s’appuyer sur la réalité de l’école d’aujourd’hui et non sur une vision fantasmée du système.
Nous ne devons plus opposer élèves, professeurs et parents. Il faut redéfinir les objectifs du système éducatif dans son ensemble :
- Repenser un système public d’éducation à partir de la petite enfance et tout au long de la vie 
- Repenser la capitalisation des connaissances et des diplômes ;
- Redéfinir le métier d’enseignant ;
- Favoriser l’engagement des équipes éducatives ;
- Repenser la place de l’élève ;
- Sortir le système éducatif français de la notion de sanction/évaluation/échec ;
- Donner les outils aux jeunes pour devenir des citoyens bien informés et réactifs par rapport aux enjeux actuels de notre planète ;
- Former des citoyens libres, responsables et capables d’apprendre tout au long de la vie.
Seules solutions pour sortir d’un fonctionnement élitiste de l’école, qui a un coût très lourd pour la jeunesse. Seules solutions pour que l’école joue à nouveau son rôle de correctif des inégalités sociales et ainsi soit le garant de plus de mixité sociale.
Voilà le chemin vers le bonheur éducatif !

Dominique Bertinotti

09/01/2012

Communiqué de Dominique Bertinotti, maire du 4ème arrondissement de Paris et Pierre Aidenbaum, maire du 3ème arrondissement de Paris


Communiqué de Dominique Bertinotti, maire du 4ème arrondissement de Paris et Pierre Aidenbaum, maire du 3ème arrondissement de Paris

Ce dimanche 8 janvier 2012 en fin de matinée, des militants du Front de Gauche, alors qu'ils distribuaient l'Humanité, ont été interpellés par les forces de police au niveau de la rue Rambuteau, entre les 3ème et 4ème arrondissements. Ils ont été soumis à des contrôles d'identité ainsi qu'à des arrachages d'affiches devant de nombreux passants et commerçants qui ont vivement protesté contre cette intervention.

En tant que Maires d'arrondissements, nous condamnons fermement ce type de pratiques et demandons à Monsieur le Préfet de Police de Paris d'apporter des éclaircissements sur la nature de cette opération inédite. Ces comportements nous semblent contraires à la liberté d'expression, la pluralité d'opinions et la nécessaire information des citoyens dans une démocratie comme la nôtre.   

Dominique Bertinotti, Pierre Aidenbaum

04/01/2012

"L'impératif d'invention démocratique" par Dominique Bertinotti


Cette fin d’année 2011 révèle une fois de plus les multiples contradictions de Nicolas Sarkozy et de son équipe.

Comment leur accorder un quelconque crédit lorsque l’on aperçoit le chef de l’Etat redécouvrir les fondamentaux de sa fonction et se rendre au chevet des « invisibles», de la « France d’à côté », depuis qu’un directeur d’institut de sondages lui a appris que 50% de ses concitoyens se sentaient oubliés de la démocratie ? Serait-ce avec une naïveté touchante ou un cynisme extraordinaire que le rédacteur du projet UMP, Bruno Le Maire, déclare : « il faut une réappropriation démocratique par les citoyens  […] il apparaît évident que, désormais, pour convaincre, les citoyens doivent s’approprier la décision, voire décider eux-mêmes » ? Et quelle cohérence dans ces propos alors même que le gouvernement bâillonne l’électorat dit « jeune » ou « populaire », en réduisant au strict minimum la campagne d’inscription sur les listes électorales ?
Mais alors vous, élus en responsabilité, que n’avez-vous agi lors de ces cinq dernières années pour créer cette confiance fondée sur le respect et l’expertise du citoyen, sur des règles transparentes ? Pourquoi avez-vous eu peur d’organiser un référendum sur la nécessaire réforme des retraites comme nous y invitaient Ségolène Royal et l’ensemble de la gauche ? Vous avez finalement ignoré ce besoin de démocratie, préalable à toute réforme consentie.
Dommage pour le peuple français, mais quel « succès » pour les chargés d’étude des agences de notation qui furent beaucoup plus convaincants si l’on en juge la diligence déconcertante avec laquelle vous avez suivi leurs recommandations en relevant à nouveau l’âge légal de départ à la retraite, moins d’un an après la réforme de 2010.
Que d’occasions ont été manquées alors même que nous traversons une crise – non plus seulement financière - mais une crise de civilisation qui impose de co-construire les décisions avec tous les talents de la France du XXIème siècle.
C’est le sens de l’appel pour un audit citoyen de la dette qui a déjà réuni 52 000 signatures. C’est le sens de l’action que je mène au quotidien en tant que Maire. Dans chacune de mes actions, mon équipe et moi nous imposons un « impératif d’invention démocratique » qui repose sur le partage du pouvoir et la reconnaissance de l’expertise citoyenne. C’est le cas au travers des avis-citoyens que les habitants de mon arrondissement, tirés au sort sur les listes électorales, ont mis au point dans le cadre d’ateliers du futur sur le bien-vieillir, le logement ou encore l’urbanisme de demain. C’est la force de cette intelligence collective qui me convainc que la société gagne à être traitée en adulte et qui mettra un terme à la société de défiance dans laquelle les Français sont plongés.
Souhaitons que 2012 soit l’année du changement à gauche avec François Hollande et le retour de l’espérance. C’est donc avec sérieux et détermination que nous, hommes et femmes de gauche, devons expliquer quelles sont les conditions de re-création d’une société de la confiance. A nous de défendre un modèle émergent fondé sur l’écoute et l’implication de tous. En un mot, à nous de « redonner le pouvoir au peuple » comme l’énonçait déjà Ségolène Royal à Bully-les-Mines début 2011. 

Dominique Bertinotti

10/12/2011

Dominique Bertinotti: numéro spécial 3ème-4ème arrondissement sur Le Point de cette semaine



Chères amies, chers amis, chères habitantes, chers habitants,
Je vous invite à lire le numéro spécial du journal Le Point de cette semaine qui consacre un cahier aux 3ème et 4ème arrondissements de Paris.
Voici un avant-goût de ce cahier spécial qui vous apprendra, je l'espère, des choses que vous ne connaissiez pas à propos du 4ème et de la Maire du 4ème : Téléchargement Le point avant gout

Bonne lecture
Dominique Bertinotti

22/10/2011

«Iconoclaste, il faudra que la gauche le soit aussi»...par Dominique Bertinotti


Dominique Bertinotti dénonce «un certain conformisme de la pensée unique».

«Il faudra compter au lendemain du deuxième tour des primaires avec les idées fortes de Ségolène Royal. Le succès de la gauche ne se fera pas sans elle.» Son résultat du premier tour lui paraît disproportionné au regard des idées et des propositions de réformes soutenues par Ségolène Royal (réforme du système bancaire, interdiction des licenciements boursiers, lutte contre la dérive de la marchandisation de notre société ...).

La volonté de Ségolène Royal : «changer les règles du jeu, promouvoir et mettre en place une gauche moderne, défendre la France de tous les Français pour redonner une voix aux sans-voix».

Je voudrais vous la nommer, vous parler d'elle.

Ténacité.

Dominique Bertinotti

16/09/2011

Ségolène Royal redonne le sens de l'élection présidentielle

                                Communiqué de Dominique Bertinotti

Ségolène Royal redonne le sens de l'élection présidentielle 



La Gauche peut se féliciter de la réussite de ce premier débat. Un débat où chaque candidat s'est montré tel qu'il était et a exposé ce qu'il voulait pour la France.

Ségolène Royal est à l'évidence la meilleure candidate. C'est dans la continuité de son travail de fond, de ses rencontres avec les Français et de son expérience ministérielle et locale qu'elle a présenté le sens de l'élection présidentielle : redonner aux Français l'espérance d'une vie meilleure.

Les Français savent que Ségolène Royal est la plus expérimentée et la plus solide pour affronter l'élection présidentielle car elle l'a déjà vécue. Ils savent qu'avec elle il n'y aura plus d'écart entre la parole et les actes. Elle s'engage au travers d'un Contrat avec la Nation et au travers de solutions immédiates et concrètes.

Car être candidate à l'élection présidentielle, ce n'est pas développer un programme de mandature aussi technique soit-il, mais c'est garantir aux Français que leur vie changera en 2012 et que notre pays retrouvera ses valeurs.

Voter pour Ségolène Royal les 9 et 16 octobre, c'est choisir la garante de l'ordre moral public, c'est choisir de faire de la France la première puissance écologique d'Europe, c'est changer concrètement la vie des Français en commençant par la reforme bancaire dés 2012.

Dominique BertinottiDirectrice de campagne de Ségolène Royal
Maire du 4ème arrondissement

31/08/2011

Martine Aubry et la sécurité : un bel hommage à Ségolène Royal! par L' Equipe de Ségolène Royal


Décidément, l’union est bel et bien en marche autour de Ségolène Royal pour la sécurité ! Après avoir longtemps ignoré ce sujet, certains candidats aux primaires semblent enfin découvrir son importance.
Les mots de Ségolène Royal étaient déjà repris. Aujourd’hui, ce sont ses idées qui font leur apparition dans les prises de parole des candidats : la croissance verte, la démocratie participative et les PME… Des sujets auxquels ils ne nous avaient pas particulièrement habitués. Encore un effort ! Bientôt les banlieues ? La France des entrepreneurs ? Et que dire de la Nation et du drapeau français ?
Heureux hasard ? Le livre de Ségolène Royal reprenant ses propositions pour la campagne des primaires est à paraître ce 1er septembre et disponible dans toutes les bonnes librairies.
Dominique Bertinotti
Maire du 4ème arrondissement de Paris
Directrice de campagne de Ségolène Royal



Ces primaires sont pleines de surprises. Et parfois de très bonnes.
Aujourd’hui, c’est l’ancienne première secrétaire qui est allée sur le terrain, à Marseille, pour constater qu’il faut parler de l’insécurité.
Premier motif de satisfaction : on voit comment les candidats ou candidate ont évolué sur la question de la sécurité, qui était encore tabou, il y a quelques années.
On se rappelle comment les propositions de Ségolène Royal ont pu être négligées et dénigrées. Sur les besoins de policiers de proximité, mais aussi sur la nécessité de la prévention précoce, ou l’encadrement militaire des jeunes délinquants qui leur donnerait une chance de réinsertion bien plus importante que la prison.
Plus l’échéance du scrutin approche, plus les solutions de Ségolène Royal s’imposent comme des évidences.
Guillaume Garot
Député de la Mayenne et Maire de Laval
Porte-parole de Ségolène Royal

11/08/2011

Venez nombreux aux prochains rendez-vous de Ségolène Royal


Ces dernières semaines nous ont montré combien la candidature de Ségolène Royal était porteuse d’espoir pour tous les Français qui veulent que cela change réellement en 2012. Il suffit de l’accompagner sur le terrain pour voir l’accueil populaire que lui réservent les centaines de personnes qui la remercient de ses efforts et de son travail tenace.  Par ailleurs, chaque semaine, près de 500 personnes rejoignent notre mouvement !
Vous aussi, adhérez à Désir d’avenir pour la soutenir.
La publication prochaine de la « Lettre à tous les résignés et aux indignés qui veulent des solutions » constituera un moment fort. Ségolène Royal y exprime son projet pour la France : une France qui protège, qui avance. Elle y livre également la façon dont elle entend être la présidente des solutions. C’est aussi un livre porteur d’espoir et d’encouragement à un moment où les Français doutent de tout.
A l’image de notre candidate, soyons chaque jour aux côtés de nos concitoyens. Invitons-les à amplifier cette dynamique et à la relayer.
Je vous invite toutes et tous à poursuivre vos actions de terrain, de porte à porte, de convictions, de mobilisation.
Nous entrons dans une phase intense et l’équipe de campagne se réunit régulièrement autour de Ségolène Royal.
Plusieurs rendez-vous sont dès à présent importants. Aussi mobilisons-nous activement pour :
- Rassemblement le vendredi 26 août 2011 à 19 heures à La Rochelle pendant les universités d’été du Parti Socialiste au Jardin du Museum d’Histoire Naturelle.
- Meeting le samedi 10 septembre 2011 à Montreuil à partir de 14h30.
Soyons très nombreux pour prouver que la force citoyenne est en marche.
Ségolène Royal compte sur nous comme nous pouvons compter sur elle.
Amitiés,
Dominique Bertinotti
Directrice de campagne de Ségolène Royal

25/06/2011

Communiqué de Dominique Bertinotti à l'occasion de la Marche des Fiertés 2011


L’égalité des droits pour tous : tenir ses engagements en 2012
Marcher pour l’égalité des droits en 2011 relève plus que jamais d’une exigence de démocratie. Une démocratie plus juste, respectueuse de toutes nos valeurs républicaines. Mais l’égalité ne se décrète pas, comme l’a maintes fois montré notre Histoire. L’égalité est une conquête, la preuve que notre République est en capacité d’envisager, de comprendre, voire d’anticiper les évolutions sociales, les besoins de tous ses citoyens. Aujourd’hui, le Politique est en retard sur la société. Les récents débats à l’Assemblée Nationale concernant le mariage des personnes de même sexe et les déclarations parfois haineuses de certains dirigeants politiques l’ont, hélas, une fois de plus démontré.
En 2012, une fois encore, un véritable changement est attendu de toute part. La stigmatisation de nos concitoyens liée à leur origine, à leur milieu social, à leur choix de vie, à leur sexualité est, depuis cinq ans, lourde de conséquences. On ne peut continuer de dresser les Français les uns contre les autres, quand chacun désire plus que jamais, être partie prenante des débats, participer à la vie politique, ou se sentir tout simplement respecté dans son pays. Au niveau européen, la France accuse un retard certain dans ce domaine.
A Paris, il est certes plus facile de vivre au quotidien ses différences que dans d’autres communes de France. Toutefois, rien n’est jamais acquis. La vigilance dans la lutte contre toute forme de discrimination reste nécessaire.
A l’occasion de cette nouvelle Marche des fiertés, j’accueille vendredi 24 juin, de 10h à 18h en Mairie, les premières Rencontres internationales visant à comprendre comment (sur)vivent en Europe ou en Afrique les victimes d’homophobie. Cette manifestation doit permettre de réaffirmer la lutte contre les discriminations, l’exigence de solidarité et de fraternité qui doit guider, plus que jamais, nos combats politiques. 2012 sera le moment de réaliser les promesses républicaines et de rassembler tous les Français. On peut se féliciter que dans le programme socialiste figure au nom de l’égalité des droits, l’ouverture pour tous les couples du droit au mariage, à l’adoption et à l’assistance médicale à la procréation. Faisons en sorte que cette fois, le Politique soit à la hauteur des attentes de tous les Français et garantisse une véritable égalité des droits.
Dominique BERTINOTTI
MAIRE DU 4e ARRONDISSEMENT DE PARIS,
CONSEILLERE DE PARIS (PS)
À L’OCCASION DE LA MARCHE DES FIERTÉS 2011



http://www.desirsdavenirparis.fr/article-communique-de-dominique-bertinotti-a-l-occasion-de-la-marche-des-fiertes-2011-77603427.html

04/06/2011

Quelques points d’histoire sur « les Trois Couleurs » du drapeau français ...par Dominique Bertinotti


A l'occasion de l'UPP "La France et La République",
Désirs d'avenir Paris vous invite à lire ou re-lire, l'article de Dominique Bertinotti qui
reprend quelques points d'histoire sur le drapeau Français.


Quelques points d’histoire sur « les Trois Couleurs » du drapeau français (d’après P.Nora Les lieux de mémoire. t1, La République)
L'apparition des trois couleurs de façon significative sur une peinture sur bois datant de l’époque révolutionnaire représentant la « jeune déesse de la Liberté, la France brise les chaînes de l’esclavage, sous le regard de l’Etre suprême, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ».
La jupe est de couleur bleue, rouge est son corsage orné de parements blancs. Elle est couronnée : lien Nation-Loi-Roi. C’est vêtue de tricolore que la France s’avance vers l’avenir.

I - Le « mystère » des origines des trois couleurs :
  • La version la plus communément admise fait naître l’emblème tricolore à la date très précise du 17 juillet 1789 : arrivé à Paris 3 jours après la chute de la Bastille, Louis XVI est reçu à l’Hôtel de Ville par le maire Bailly en présence de La Fayette. Il accepte en un geste de réconciliation de placer à son chapeau, aux côtés de la cocarde blanche qui est supposée y avoir été fixée, un ruban bleu et rouge (les couleurs de la Ville).
  • Autre version : La Fayette commandant de la garde nationale nouvellement créée aurait fourni un signe commun de reconnaissance aux troupes dont il venait de prendre la tête : la couleur blanche (couleur de l’uniforme des gardes françaises ralliées au mouvement insurrectionnel) avec les bleu et rouge de la milice parisienne.

Quelques soient les versions, la nouvelle cocarde tricolore pourrait légitimement apparaître comme le témoignage d’une unité retrouvée, un symbole d’alliance et de concorde.
Dès le 30 juillet 1789, La Fayette fait adopter par l’ensemble de l’ « armée civique », l’uniforme blanc et les insignes de la milice parisienne. A la tête des bataillons de garde nationale, la cocarde tricolore qui ornait la coiffure des hommes de troupe devient naturellement drapeau.
L’apothéose de ce drapeau fut lors de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790, dépassant la personne-même de celui (La Fayette) qui en fut vraisemblablement l’inventeur et le promoteur. Se diffuse alors la notion de cocarde « nationale », d’emblème « national ».
Ce fut la convention montagnarde qui vint lui donner une ultime consécration officielle (cf décret du 15 février 1794 : « le pavillon national sera formé des trois couleurs nationales, disposées en trois bandes égales, posées verticalement de manière que le bleu soit attaché à la gauche du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs »). Souci de rigueur et de dépouillement.
En un court espace de temps, (≈ 25 ans), l’emblème semble s’être chargé d’un poids de souvenirs, de références, de fidélités. D’abord simple signe de ralliement du mouvement parisien de juillet 1789, il avait tenu un an plus tard une place privilégiée lors de la Fête de la Fédération (c’est dans le foisonnement de sa présence que s’était trouvéé affirmée l’unité de la Nation).
A partir d’avril 1792 (levée en masse), il allait être au centre même de l’épopée militaire (Révolution puis Empire).
II - De la Révolution à la IIIème République (« ni blanc, ni rouge »)
  • L’utilisation du drapeau blanc par les contre-révolutionnaires, puis lors de la Restauration, heurte l’attachement de la très grande majorité des Français aux conquêtes de la Première Révolution et suscite les réactions les plus élémentaires de fierté nationale. Cela contribue à renforcer l’emblème tricolore lui accordant un surcroit d’autorité et de prestige, une puissance supplémentaire de rayonnement et d’enracinement face à ceux qui voulaient remettre en cause les acquis de la Révolution et qui acceptaient docilement une situation d’abaissement et de soumission aux puissance extérieures.
Il faut attendre 1830 et l’avènement de Louis Philippe pour que la « Nation reprenne ses couleurs. Il ne sera plus porté d’autre cocarde que la cocarde tricolore ».
Eugène Pottier (futur auteur de l’Internationale) chante alors la résurrection du « drapeau de la Liberté » :

« Je vois déjà le drapeau tricolore
De mon pays emblème protecteur
Sur nos remparts qu’avec gloire il décore
Il est pour nous le signal du bonheur »

  • Le drapeau tricolore est né aussi de la « victoire » sur le drapeau rouge de la Commune (drapeau rouge apparu lors de la Révolution de 1848). L’image d’une « République rouge » se réclamant à la fois du passé jacobin et du rêve d’un nouvel ordre social, se trouve désormais opposée non seulement aux monarchistes mais aussi à celle d’une République tricolore modérée, conciliatrice, apaisante.
Cf. discours de Lamartine (hostile au drapeau rouge) en 1848 : « La France et le drapeau tricolore, c’est une même pensée, un même prestige, une même terreur au besoin pour nos ennemis »
La IIIème République : le drapeau tricolore est l’expression d’une double assurance : assurance contre la réaction d’une part, assurance contre une nouvelle révolution d’autre part. Fidélité aux libertés conquises en 1789, fidélité aux principes de stabilité, d’équilibre, et de continuité.

Conclusion :
Légitimité nationale et légitimité républicaine
Légitimité nationale acquis tout au long du 19ème siècle par le drapeau tricolore. Symbole de la Patrie. Après 1875, lorsque la IIIème République se trouve affermie dans son existence, le drapeau tricolore est étroitement associé à l’image de Marianne (légitimité républicaine et légitimité nationale). La figure de la France et celle de la République se voient identifiées l’une à l’autre.


Dominique Bertinotti



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03/04/2011

Le démantèlement de l'hôpital public


Nous savons tout l'attachement que portent les habitants à leur hôpital, service public le plus apprécié des Français et pierre angulaire de notre système de santé. Or, force est de constater qu'il se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins, d'une part devant évoluer pour faire face à de profondes mutations sanitaires et sociales, d'autre part confronté à un démantèlement rarement vu auparavant. Situé en plein cœur de Paris, l'Hôtel-Dieu, qui accueille annuellement 120 000 urgences et 350 000 consultations (60 % des consultants venant d'Ile-de-France, hors Paris) illustre de façon particulièrement emblématique cette situation.
 
Pour s'adapter et promouvoir la médecine du XXIe siècle, l'hôpital public se doit d'opérer une mutation. La chronicisation de certaines maladies comme le cancer, l'apparition de nouveaux traitements, le vieillissement de la population, le développement important de certaines pathologies, diabète, obésité, sont autant de bouleversements qui appellent de nouvelles prises en charge et impliquent une vaste réorganisation de l'hôpital. Face à ces évolutions, la prise en charge des personnes dans leur cadre de vie et le développement des soins ambulatoires, gages de la réduction des hospitalisations conventionnelles, sont autant de défis à relever.

Pour être efficace, une politique de santé publique ambitieuse se doit de réfléchir à une meilleure articulation entre l'hôpital et les acteurs de santé du territoire, comme le champ médico-social, ou la médecine de ville. Elle se doit de développer également des actions de prévention, de dépistage, de suivi "personnalisé" des patients à risque. Enfin, à l'heure où l'accroissement des inégalités fragilise notre société, plus que jamais, l'indispensable égalité d'accès aux soins doit être au cœur d'une nouvelle politique de santé.
Bien que fondamentales, ces questions d'avenir sont éclipsées par une brutale politique de mise à mal de l'hôpital public.
On savait déjà l'hôpital public en danger. Dès 2008, dans le contexte du vote de la loi Bachelot, des mouvements réunissant professionnels et personnalités reconnues (comme Sauvons l'hôpital, ou le Mouvement de défense de l'hôpital public) avaient largement relayé et commenté les dangers qui menacent l'hôpital : logiques de rentabilité, gouvernance défaillante, installation d'une médecine à plusieurs vitesses, découragement des personnels, etc.
Aujourd'hui, on assiste à son démantèlement. A titre d'exemple, dans nos quartiers du centre de Paris, la directrice de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a décidé le transfert des bureaux administratifs du siège de l'AP-HP vers l'Hôtel-Dieu, fermant ainsi presque tous les services de soin de l'hôpital, bien desservi par un important réseau de communication et donc très accessible. Remplacer des services médicaux par des bureaux ne repose que sur une seule logique, avouée par la direction, vendre les immeubles libérés par le siège, situés en face de l'Hôtel de Ville de Paris, et ainsi réaliser une juteuse opération de spéculation immobilière, susceptible de combler très partiellement le déficit de l'AP-HP .

Cette décision traduit une double crise :

Une crise d'identité. Voilà qu'une politique immobilière fait office de politique de santé. Ainsi, comment qualifier une politique de santé qui ferme des services de soin pour y installer des bureaux ? Comment qualifier une politique de court terme fondée sur la spéculation immobilière, avec pour unique logique celle de la rentabilité ?

Une crise de la gouvernance. Au travers de sa décision unilatérale qui condamne à terme l'Hôtel-Dieu sans aucune information préalable ni concertation, la direction de l'AP-HP, sous les ordres du ministère de la santé, illustre parfaitement cette politique systématique de mépris menée par l'actuel gouvernement. Après les enseignants et les juges, le personnel hospitalier est traité sans aucune considération. A ce titre, en évinçant les élus des commissions de surveillance des hôpitaux, la loi Bachelot avait préalablement scellé la coupure entre la vie citoyenne et la santé publique, interdisant tout regard des citoyens sur leur système de santé, laissant aux techniciens, voire aux technocrates le “soin” de conduire des réformes étrangères aux besoins des populations.

Cette crise n'est pas spécifiquement celle de l'Hôtel-Dieu, car tout un système se trouve menacé. Ce qui affecte aujourd'hui l'Hôtel-Dieu n'est que la déclinaison locale d'une voie ouverte à la privatisation du système de santé. Au sein de l'AP-HP, d'autres hôpitaux sont menacés de fermeture, Tenon dans le XXearrondissement, Antoine Béclère à Clamart, et de nombreux services partout sur Paris. L'égalité d'accès aux soins prend un mauvais coup. La suite, nous la connaissons, il suffit d'observer certains "exemples" étrangers : faute de pouvoir se faire soigner dans une structure publique près de chez soi, les habitants vont devoir se tourner vers les cliniques et assureurs privés. Bref, se dessine une médecine de confort pour ceux qui ont les moyens, pour les autres la vétusté de l'hôpital public.

L'Hôtel-Dieu, fut récemment promoteur d'une réflexion sur les mutations sanitaires et sociales, porteur d'un projet pour le système de santé de demain, fondé sur les urgences, l'ambulatoire et un hôpital universitaire de santé publique. L'AP- HP, qui voulait en faire "l'hôpital de santé publique de demain""le symbole de l'innovation et de l'ambition en matière de santé", dixit son ancien directeur général, n'a rien trouvé de mieux à faire que programmer sa fermeture, pour réaliser une opération de spéculation immobilière. Cela illustre parfaitement une société où l'argent est roi, et où l'humain n'est plus au cœur des politiques. Triste avenir pour les générations futures.



Jacques Boutault, maire (Europe Ecologie-Les Verts) du IIe arrondissement de Paris ;
Dominique Bertinotti, maire (PS) du IVe arrondissement de Paris ;
Pierre Aidenbaum, maire (PS) du IIIe arrondissement de Paris.
Jacques Boutault, maire du IIe arr. de Paris, Dominique Bertinotti, maire du IVe arr. de Paris et Pierre Aidenbaum, maire du IIIe arr. de Paris