04/06/2011

Quelques points d’histoire sur « les Trois Couleurs » du drapeau français ...par Dominique Bertinotti


A l'occasion de l'UPP "La France et La République",
Désirs d'avenir Paris vous invite à lire ou re-lire, l'article de Dominique Bertinotti qui
reprend quelques points d'histoire sur le drapeau Français.


Quelques points d’histoire sur « les Trois Couleurs » du drapeau français (d’après P.Nora Les lieux de mémoire. t1, La République)
L'apparition des trois couleurs de façon significative sur une peinture sur bois datant de l’époque révolutionnaire représentant la « jeune déesse de la Liberté, la France brise les chaînes de l’esclavage, sous le regard de l’Etre suprême, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ».
La jupe est de couleur bleue, rouge est son corsage orné de parements blancs. Elle est couronnée : lien Nation-Loi-Roi. C’est vêtue de tricolore que la France s’avance vers l’avenir.

I - Le « mystère » des origines des trois couleurs :
  • La version la plus communément admise fait naître l’emblème tricolore à la date très précise du 17 juillet 1789 : arrivé à Paris 3 jours après la chute de la Bastille, Louis XVI est reçu à l’Hôtel de Ville par le maire Bailly en présence de La Fayette. Il accepte en un geste de réconciliation de placer à son chapeau, aux côtés de la cocarde blanche qui est supposée y avoir été fixée, un ruban bleu et rouge (les couleurs de la Ville).
  • Autre version : La Fayette commandant de la garde nationale nouvellement créée aurait fourni un signe commun de reconnaissance aux troupes dont il venait de prendre la tête : la couleur blanche (couleur de l’uniforme des gardes françaises ralliées au mouvement insurrectionnel) avec les bleu et rouge de la milice parisienne.

Quelques soient les versions, la nouvelle cocarde tricolore pourrait légitimement apparaître comme le témoignage d’une unité retrouvée, un symbole d’alliance et de concorde.
Dès le 30 juillet 1789, La Fayette fait adopter par l’ensemble de l’ « armée civique », l’uniforme blanc et les insignes de la milice parisienne. A la tête des bataillons de garde nationale, la cocarde tricolore qui ornait la coiffure des hommes de troupe devient naturellement drapeau.
L’apothéose de ce drapeau fut lors de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790, dépassant la personne-même de celui (La Fayette) qui en fut vraisemblablement l’inventeur et le promoteur. Se diffuse alors la notion de cocarde « nationale », d’emblème « national ».
Ce fut la convention montagnarde qui vint lui donner une ultime consécration officielle (cf décret du 15 février 1794 : « le pavillon national sera formé des trois couleurs nationales, disposées en trois bandes égales, posées verticalement de manière que le bleu soit attaché à la gauche du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs »). Souci de rigueur et de dépouillement.
En un court espace de temps, (≈ 25 ans), l’emblème semble s’être chargé d’un poids de souvenirs, de références, de fidélités. D’abord simple signe de ralliement du mouvement parisien de juillet 1789, il avait tenu un an plus tard une place privilégiée lors de la Fête de la Fédération (c’est dans le foisonnement de sa présence que s’était trouvéé affirmée l’unité de la Nation).
A partir d’avril 1792 (levée en masse), il allait être au centre même de l’épopée militaire (Révolution puis Empire).
II - De la Révolution à la IIIème République (« ni blanc, ni rouge »)
  • L’utilisation du drapeau blanc par les contre-révolutionnaires, puis lors de la Restauration, heurte l’attachement de la très grande majorité des Français aux conquêtes de la Première Révolution et suscite les réactions les plus élémentaires de fierté nationale. Cela contribue à renforcer l’emblème tricolore lui accordant un surcroit d’autorité et de prestige, une puissance supplémentaire de rayonnement et d’enracinement face à ceux qui voulaient remettre en cause les acquis de la Révolution et qui acceptaient docilement une situation d’abaissement et de soumission aux puissance extérieures.
Il faut attendre 1830 et l’avènement de Louis Philippe pour que la « Nation reprenne ses couleurs. Il ne sera plus porté d’autre cocarde que la cocarde tricolore ».
Eugène Pottier (futur auteur de l’Internationale) chante alors la résurrection du « drapeau de la Liberté » :

« Je vois déjà le drapeau tricolore
De mon pays emblème protecteur
Sur nos remparts qu’avec gloire il décore
Il est pour nous le signal du bonheur »

  • Le drapeau tricolore est né aussi de la « victoire » sur le drapeau rouge de la Commune (drapeau rouge apparu lors de la Révolution de 1848). L’image d’une « République rouge » se réclamant à la fois du passé jacobin et du rêve d’un nouvel ordre social, se trouve désormais opposée non seulement aux monarchistes mais aussi à celle d’une République tricolore modérée, conciliatrice, apaisante.
Cf. discours de Lamartine (hostile au drapeau rouge) en 1848 : « La France et le drapeau tricolore, c’est une même pensée, un même prestige, une même terreur au besoin pour nos ennemis »
La IIIème République : le drapeau tricolore est l’expression d’une double assurance : assurance contre la réaction d’une part, assurance contre une nouvelle révolution d’autre part. Fidélité aux libertés conquises en 1789, fidélité aux principes de stabilité, d’équilibre, et de continuité.

Conclusion :
Légitimité nationale et légitimité républicaine
Légitimité nationale acquis tout au long du 19ème siècle par le drapeau tricolore. Symbole de la Patrie. Après 1875, lorsque la IIIème République se trouve affermie dans son existence, le drapeau tricolore est étroitement associé à l’image de Marianne (légitimité républicaine et légitimité nationale). La figure de la France et celle de la République se voient identifiées l’une à l’autre.


Dominique Bertinotti



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