Compte-rendu du débat DA 19ème du 30 novembre 2010:
"Les jeunes et l'emploi : sortir de la galère"
Présentation par Jocelyne Berdu et Stéphanie Pouliquen, de DA 19
Ségolène Royal annonce le jour même sa candidature aux primaires ouvertes socialistes pour la
Présidentielle de 2012, idée qu'elle avait proposée depuis longtemps, aujourd'hui reprise par le
Parti socialiste et menée à bien par Arnaud Montebourg, dans de la rénovation et de l'ouverture
du parti.
Avec Désirs d'avenir partout en France et dans le 19ème arrondissement de Paris, il s'agit de
s'adresser aux Français en leur proposant un programme fort et crédible comme alternative
au sarkozysme au pouvoir. Différents sujets de préoccupation des Français doivent donc être
analysés, débattus, dans une démarche participative :
· la croissance verte et la compétitivité mondiale de la France
· une nouvelle République du respect, plus démocratique, et un Etat impartial
· une révolution démocratique par la participation
· un Etat préventif et accompagnateur
· un capitalisme réglé par l'Etat
· une réforme juste et efficace des retraites traitant le problème de la cohésion
intergénérationnelle de la nation
· des médias autonomes et une presse libre
· la sécurité pour tous
· un ordre juste mondial...
L'emploi des jeunes ce 30 novembre 2010 était donc le sujet du débat initié par Désirs d'avenir
19ème, dans le sillage du Pacte de Confiance pour l'Emploi des Jeunes proposé par Ségolène
Royal, le 18 septembre 2010 à la Fête de la Fraternité.
De nombreux débats, des actions de terrain suivront dans le 19ème arrondissement.
Le débat s'est ouvert avec Najat Vallaud-Belkacem, s'est poursuivi avec Ophélie Latil et Julien
Bayou, membres de Génération Précaire, Danièle Rippert, élue à la jeunesse de Clichy-la-
Garenne et Vincent Jéchoux, représentant Dominique Bertinotti, maire du 4e arrondissement de
Paris. Le public étant invité à participer, à poser des questions ou à émettre des propositions !
Najat Vallaud-Belkacem, Ajointe au Maire de Lyon, à la Jeunesse, Conseillère générale et porteparole
de Ségolène Royal ouvre le débat
Le "Jeune" est devenu la nouvelle figure du pauvre et du déclassé ou inclassable, du "jeune SDF"
comme le dit le dernier rapport du Secours catholique.
En effet, du souci de nos aînés à la Libération, quand la retraite universelle par répartition fut
mise en place, en période de plein emploi, du maintien des solidarités interfamiliales depuis les
crises suivant les chocs pétroliers des années 1970, nous arrivons à une situation où la jeunesse est
touhcée de plein fouet par la précarisation.
Najat Vallaud-Belkacem de comparer l'écart de salaire entre un salarié de 30 ans et un salarié de
50 ans :
· en 1970 il était de 15%
· aujourd'hui de 40% !
Parallélement, l'effort éducatif de la nation diminue sans cesse. Son budget est passé de 7,5% du
PIB en 2000 à 6,5 % en 2010, après 3 annnées de Présidence Sarkozy ! Soit - 20 milliards d'euros
en 10 ans...
En bout de chaîne, l'Enseignement Supérieur ne représente plus qu'1,5% du PIB en France.
Najat de conclure en liant la problématique de l'emploi des jeunes, abandonnée par le gouvernement
et la Présidence Sarkozy à celle de la réforme des retraites. Comment retarder l'âge légal de la
retraite à 62/67 sans s'attaquer au fléau national du chômage de masse des jeunes, censés, comme
actifs, cotiser pour nos Aînés? Comment ne pas poser la question de leur formation, de leurs
études, de leur insertion professionnelle et donc de leur logement? Comme l'a fait Ségolène
Royal en présentant dès le 18 septembre 2010 à la Fête de la Fraternité en présentant
solennellement un Pacte de Confiance National pour l'Emploi des Jeunes.
Au-delà, tous les sujets, même tabous, doivent faire l'objet de réflexions et débats tel que
l'inscription payante à l'Université, celui de la relation entre formation, universitaire notamment et
monde du travail, marché de l'emploi etc.
Najat précise, suite aux interrogations du public que ce type d'évolutions est à penser avec un
système de bourses ou de prêts proportionnels aux moyens des familles comme cela se fait en
Italie par exemple.
Elle rappelle ensuite les grands axes du Pacte National de Confiance pour l'Emploi des Jeunes,
déjà adopté évidemment en Poitou-Charentes mais aussi en Région Rhône-Alpes sous la Présidence
de Jean-Jacques Queyranne :
· faire de l'emploi des Jeunes une priorité nationale de l'Etat, des collectivité territoriales et
des entreprises
· mobiliser les entreprises pour les jeunes de – 25 ans
· faire de l'apprentissage et de la formation par alternance une voie sécurisée en mobilisant
l'ensemble du tissu économique, avec une garantie de débouché professionnel
· généraliser les bourses-tremplin permettant à des jeunes de réaliser, via une aide
financière de concrétiser un projet d'entreprise, avec un droit à l'échec aujourd'hui non reconnu
par les banques
· généraliser un service civique obligatoire, de 6 à 12 mois, après ou durant la formation
post-bac par exemple, orienté sur les solidarités, l'intérêt général, les solidarités intergénarionnelles
ou l'humanitaire, reconnu comme 1ère expérience professionnelle.
Najat précise à la demande du public que ce service serait bien obligatoire et non volontaire
comme il existe ici ou là aujourd'hui, enjeu pour la cohésion sociale du pays. Les participants
posent la question du bac profesionnel, de sa revalorisation et de son débouché effectif vers les
besoins du marché de l'emploi. L'idée est aussi émise de conditionner les allocations diverses
accordées aux familles à leurs revenus. Pourquoi des familles riches toucheraient autant que des
familles pauvres? Un participant émet l'idée d'étendre le service civique obligatoire à toutes les
générations.
Génération Précaire : Ophélie Latil et Julien Bayou
Ophélie
Ophélie dénonce la prolifération des stages destructeurs d'emplois dans un contexte où 1/5 des
jeunes vivent dans la pauvreté. Les réeseaux familiaux suppléent à l'impossibilité d'accéder au
logement. La France compte en effet 15 millions de stagiaires de plus en plus qualifiés. Certaines
entreprises comptent jusqu'à 75% de stagiaires. Or, le stage prend la place de l'apprentissag mais
l'apprenti cotise aux caisses retraites et maladie, pas le stagiaire, dont le statut est extrêmement
précaire.
Ophélie propose :
· l'Inspection du Travail doit surveiller les entreprises et limiter le nombre de stagiaires
qu'ils utilisent.
· les Universités ne doivent pas procéder à des inscriptions "fantômes" d'étudiants en fin
de parcours afin d'obtenir des conventions de stage à défaut de réel travail
· d'autres passerelles vers le monde du travail doivent être proposées et étudiées dès
l'Université.
Une participante au débat de rappeler que les inscriptions universitaires ont permis un temps
d'aider les étudiants réfugiés politiques – via le visa Etudiant -, et que la question centrale reste
donc celle des passerelles entre études et intégration professionnelle plutôt que celle des
inscriptions.
Julien
Julien a insisté sur les problèmes d'ordres généraux et notamment sur l'intégration de la
"jeunesse" dans le droit commun, les stages non ou peu rémunérés discriminant les jeunes :
· en terme de protection par le droit du travail
· d'apprentissage
· d'accès au logement
· de fiscalité.
Les stages empêchent les jeunes de cotiser, n'apportent aucune sécurité en termes de revenus et
de durabilité, sont peu reconnus sur un CV, ne permettent pas d'accéder au logement locatif et
échappent au droit du travail.
L'Allocation Logement (APL) a eu un effet pervers : l'inflation du prix des loyers.
Enfin, Julien estime qu'il faut "défamilialiser" les accompagnements ou aides aux jeunes,
notamment dès lors qu'ils sont considérés comme majeurs – et tout dépend de quelle majorité l'on
parle.
Julien propose :
· un vrai droit au logement doit être instauré
· les aides – allocation familiale – soient directement accordées au jeune adulte pour son
autonomisation et de son émancipation
· le RSA doit être élargi aux – de 26 ans est une nécessité sans quoi il y a carence
administrative si l'on part du droit commun à tous !
· le problème de l'orientation doit être travaillé et retravaillé, personnalisé
· il faut passer du stage à l'apprentissage ou à la formation en alternance, où le jeune
rejoint le droit commun, cotise pour sa retraite et participe donc d'une fiscalité plus juste.
Concernant l'éducation et la formation au long de la vie, il est rappelé par un participant la
nécessité d'une revalorisation du niveau de vie des étudiants, des revenus des enseignants et
professeurs.
Sur l'orientation, le "préjugé social" permanent stigmatisant les bacs professionnels est dénoncé.
De haute qualité et directement en lien avec le tissu économique, il est pourtant décrié. Une autre
participante rappelle que cette voie professionnelle, elle était envisagée comme telle d'ailleurs à
l'origine, prépare à un métier tout en permettant le développement d'une haute culture générale
comme d'un engagement personnel au-delà du monde du travail et un accès à l'Université qui
doit être facilité. La reconnaissance de tous les diplômes à égalité républicaine est ici en jeu, la
durée du temps de travail et l'accès à la culture aussi. Le fameux clivage entre travaux dits
manuels et intellectuels aggrave les préjugés et les inégalités : les passerelles entre les deux
mondes doivent être aussi revalorisées en amont, dès l'orientation.Sur ce sujet Ségolène Royal
veut la création d'un service public national de l'orientation.
Comment contrôler et imposer aux entreprises comme cela se fait pour les fontionnaires et autres
corps de la société un comportement responsable vis-à-vis d'une jeunesse exploitée, notamment les
stagiaires? Il est rappelé que Ségolène Royal a développé l'idée de l'Etat préventif et
accompagnateur qui agit en amont et non plus après coup comme dans le vieux modèle socialdémocrate
qui ne fait que réparer les dégâts sans les empâcher. Ainsi Ségolène Royal propose dans
son Pacte de Confiance de conditionner, en amont, les aides ou exonérations fiscales aux
entreprises, dont les Régions ont la charge, à l'intégration dans ce Pacte comprenant notamment
l'embauche d'un jeune salarié et la mise en place du tutorat intergénérationel dans l'entreprise
par les salariés approchant de la retraite. L'exemple de la diminution de la TVA pour les
restaurateurs ne les a pas poussés, faute de contrôle par l'Etat, à embaucher. L'Etat préventif et
des services publics personalisés doivent s'imposer : la "moralisation du capitalisme" est un
vieux voeu pieux.
Ophélie revient sur les filières dites "garages" à l'université et sur la pertinence de leur
existence sans étude des débouchés professionnels. La masterisation des formations
professionnelles peuvent aboutir à un enfermement de l'étudiant dans un secteur particulier non
employeur tandis que l'apprentissage aboutit à l'embauche à 80% !
Le public évoque la multiplication des passerelles en fin de cursus. La question de l'autoentrpreneur
doit elle aussi être posée. Ségolène Royal, dans son Pacte de Confiance y répond par
les Bourses-tremplin.
Enfin l'exemple du compagnonnage est cité comme une référence.
Danièle Ripert, élue à la jeunesse au conseil municipal de Clichy-la-Garenne
Danièle Ripert est élue à la jeunesse dans une ville de 58000 habitants, proche de Paris dans le
92, avec des problématiques rencontrées dans d'autres villes ou en zones rurales : chômage,
urbanisme, quartiers sensibles etc.
Alliant convictions : "Ne pas avoir peur de la jeunesse", "Etre offensif avec les jeunes",
engagement pour Ségolène Royal et action par la preuve sur le terrain, Danièle, évoque le
Bureau Info Jeunesse, en contact direct avec la population.
La mission locale dont elle a la charge remet en scelle les jeunes en recherche d'emploi. 50%
d'entre eux sont suivis sur 7600 actifs. Une question s'impose : "comment faire revenir ceux qui
décrochent?".
La question du financement de ce dispositif, dans le cadre de la décentralisation est décisive : en
effet, la commune y participe à hauteur de 43%, ce qui montre l'importance de la
détermination des élus locaux et de la proximité dans l'aide à l'emploi.
Danièle Ripert nous explique qu'une Charte officielle avec les entreprises de Clichy a été mise en
place, en vue de rappeler aux employeurs leur responsabilité citoyenne sur le terrain où ils
s'implantent, leur engagement citoyen pour la population.
La mission locale aide les jeunes en les orientant vers une entreprise susceptible de les
embaucher. Ainsi un Forum pour l'emploi s'est déroulé le 26 novembre 2010, comprenant :
· rencontres entreprises / demandeurs d'emploi
· bilans de compétence
· accompagnement vers l'emploi
· préparations aux entretiens d'embauches etc.
Le but est d'obtenir des promesses d'embauche signées. La Ville a aussi développé des clauses
d'insertion entre elle-même et les entreprises pour rapprocher le service public du monde du
travail.
Danièle Ripert souligne les problématiques rencontrées sur le terrain et repérables au niveau
national :
· problème d'adéquation entre qualifications et compétences exigées
· de plus en plus d'étudiants rencontrent des difficultés à ne pas sous-estimer
· les jeunes se tournent trop vers le secteur public car ils ont peu d'infos sur le secteur privé
· nécessité de faire du cas par cas, de personnaliser les suivis
· repérer les plus-values nécessaires sur un CV comme un permis de conduire
· optimiser le potentiel et les chances d'emploi des jeunes en leur faisant confiance, en
leur donnant la parole mais aussi en les orientant.
Danièle lie local et global en nous démontrant combien la responsabilisation des entreprises
toutes bénéficiaires d'aides publiques et de terrains ou de marchés est au coeur du Pacte de
Confiance pour l'Emploi des Jeunes de Ségolène Royal.
Inciter les jeunes à oser prendre la parole, à être pleinement citoyens, à refuser le fatalisme et à
susciter la confiance, nous dit-elle, est décisif. Faire de la politique, se cultiver, se former et
s'éduquer là où c'est possible est aussi un moyen de se raccrocher à notre société.
Enfin, Danièle Ripert rappelle que la mission locale s'occupe aussi des questions de logement :
· 2 audiences sur 3 ont trait au logement
· l'intergénérationnel et l'échange de services aux Aînés en échange d'un logement se
développe et est un enjeu d'avenir
· enfin le travail d'associations comme l'APPART, proposant des foyers aus Jeunes
Travailleurs est décisif.
Vincent Jechoux représentant Dominique Bertinotti, maire du 4e arrondissement de Paris, viceprésidente
de Désirs d'avenir
Vincent Jechoux nous rappelle que Dominique Bertinotti est sensible à la question de l'insertion
des jeunes, notamment de par son expérience de professeur en Seine-Saint-Denis.
Il nous rappelle brièvement ce paradoxe en France où la République promet l'égalité mais dont
la société est de plus en plus inégalitaire.
Le problème de la sélection des élites en est symptomatique puisque déjà élitaires, les "grandes
écoles" accueillaient 25% de boursiers dans les années 1970 contre 11% aujourd'hui.
La revalorisation et un investissemnt massif vers les études universitaires, l'apprentissage ou les
formations par alternance est nécessaire pour bâtir une société plus juste. Vincent Jechoux
ouvre le débat sur la légitimité, au vu de l'urgence de la situation française, de maintenir le
système des "grandes écoles".
Conclusion de Jocelyne Berdu
Jocelyne Berdu remercie tous les intervenants et le public, au nom de Désirs d'avenir et conclue en
invitant chacune et chacun à s'engager, à relayer les propositions évoquées, à revenir débattre et
proposer sur d'autres sujets. Elle rappelle également que les primaires ont commencé, avec la
candidature annoncée le jour même de notre débat, de Ségolène Royal !
Le public a longuement applaudi les intervenants et avancé de nombreuses idées ! Tout le monde se
dirige vers le banquet fraternel !
NB :
Rappel des propositions, intervenants et public :
· faire de l'emploi des Jeunes une priorité nationale de l'Etat, des collectivité territoriales et
des entreprises
· mobiliser les entreprises pour les jeunes de – 25 ans
· faire de l'apprentissage et de la formation par alternance une voie sécurisée en mobilisant
l'ensemble du tissu économique, avec une garantie de débouché professionnel
· généraliser les bourses-tremplin permettant à des jeunes de réaliser, via une aide
financière de concrétiser un projet d'entreprise, avec un droit à l'échec aujourd'hui non reconnu
par les banques
· généraliser un service civique obligatoire, de 6 à 12 mois, après ou durant la formation
post-bac par exemple, orienté sur les solidarités, l'intérêt général, les solidarités intergénarionnelles
ou l'humanitaire, reconnu comme 1ère expérience professionnelle
· conditionner les allocations diverses accordées aux familles à leurs revenus
· revalorisation du bac profesionnel
· suppression des grandes écoles
· instaurer un droit au logement des jeunes
· imposer la limitation des stages aux entreprises
· multiplier les passerelles Universités/Entreptises
· revaloriser les salaires du corps enseignant
· aider le jeune majeur directement sans passer par sa famille
· revoir le système des APL pour maîtriser l'inflation des loyers
· remettre les jeunes travailleurs, stagiaires ou étudiants dans le droit communn en termes de
logement, d'aides publiques, de fiscalité, de cotisation retraites et maladie
· élargir le RSA à tous les jeunes adultes ou jeunes majeurs
· imposer aux entreprises une ouverture sur la question de l'emploi des jeunes dans les
territoires où elles s'implantent
· développer un travail commun service public, commune et tissu économique local
· développer des aides et une orientation préventives pour l'emploi, en amont à l'Université
notamment
· développer le "cas par cas" et les services publics personnalisés pour que chaque jeune
· multiplier les rencontres jeunes/employeurs tels les Forums de l'emploi
· supprimer les filières universitaires menant au chômage ou à l'enfermement de parcours
· sensibiliser les Universités aux attentes du marché de l'emploi
· création d'un service public national de l'Orientation
· inciter les Jeunes à se former politiquement, à être des citoyens actifs
· miser sur l'intergénérationnel à tous points de vue : économie, vie de l'entreprise, service
civique, logement, formation etc.
Un grand merci à José-Raphaël Levy pour le compte-rendu






