
La crise grecque et européenne constitue un véritable révélateur, en premier lieu de l'évolution du monde.
Au début du 20e siècle, les crises étaient localisées et donc potentiellement contrôlables par les Etats. La contamination aux autres économies était lente. Aujourd'hui, dans un marché mondialisé, les Etats n'ont pas le contrôle des marchés. La diffusion des crises est immédiate.
Dans une Europe, sans budget fédéral ni véritable construction économique, il n'y a pas de réelles capacités financières pour répondre collectivement. Seules, priment des actions dispersées, inadaptées, des retards de réponses, des égoïsmes nationaux. Les décisions de ce week-end, acceptées par l'Allemagne après une intervention d’Obama semblent un premier pas. Pour autant, ne nous y trompons pas : on a sauvé momentanément la finance européenne et les banques, on n'a rien fait pour les populations. Nous sommes loin d'une gouvernance européenne. La perspective à long terme d'Etats unis d'Europe n'a pas avancé d'un pas.
Cette crise révèle également l'incapacité de l’UE et du FMI, à prévoir et prendre les décisions en amont. En octobre 2008, pourtant, des voix s'élevaient pour alerter, pour appeler à un fonctionnement européen : une action financière concertée de garantie et de recapitalisation, avec la BCE pour chef d'orchestre. Rien n'a été entrepris.
On feint de croire que la situation a été découverte il y a 4 mois avec l'arrivée des socialistes grecs au pouvoir et leur courageuse décision «d’établir la vérité». Soit c'est un men-songe de la libérale commission européenne, soit c'est un aveuglement.
L’absence des socialistes
C’est enfin un révélateur des défaillances de la social-démocratie et des socialistes européens, alors même que Papandréou est Président de l'IS. Aucune réaction digne de ce nom du PSE, des gouvernements sociaux-démocrates, des députes européens socialistes : pas un seul député socialiste n’était présent à Bruxelles pour la journée de solidarité avec la Grèce... Notre parti s'est contenté de voter le plan d'aide, mais que proposons-nous?
Rien n'a été dit non plus sur les scandaleuses conditions franco-allemandes d'achat d'armements, sur le rôle de banques françaises ou sur les amicales et impératives pressions du FMI, qui relèvent, elles aussi, d'un pur néo- libéralisme. Pourquoi ?
Aujourd'hui, le plan imposé à la Grèce conduit à l'asphyxie : il faut emprunter pour payer la dette, réduire ses déficits pour emprunter, tailler dans les dépenses publiques pour réduire les déficits, abaisser les salaires, les prestations sociales... Ces mesures appauvrissent les ménages, obscurcissent les perspectives économiques. Le gouvernement grec est contraint de se plier.
La stratégie néolibérale a conduit l'économie mondiale à des choix lourds de conséquences, notamment l'augmentation constante des dettes privée et publique, la redistribution du revenu aux dépens des classes populaires. Aujourd'hui encore, UE et FMI (et la personnalité de son Président semble ne rien changer à l'institution, ses objectifs et ses règles de fonctionnement) ont une approche identique.
La gauche doit se ressaisir
D'autres voies existent : relancer l'économie réelle, installer un mécanisme de convergence du développement, accorder la priorité à la planification de nouvelles politiques pour l'énergie, l'industrie, le soutien aux petites entreprises et une politique innovante d'écologie sociale.
Nous avons l’espoir et la volonté que la gauche se ressaisisse. Ce moment historique de basculement financier, économique, géopolitique peut aussi nous obliger à une reconstruction en profondeur de l'Europe. Cette reconstruction doit être la première tâche de la gauche et des socialistes européens. Il faut reprendre la main, par une profondeur d'analyse et de prospective, une vraie force de proposition pour l'union financière et économique.
N'applaudissons pas quand le peuple grec (demain quel autre peuple ?) paie pour les prédateurs, quand le sauvetage des banques est une priorité. Quel modèle économique et de développement proposons-nous et nous engageons-nous à mettre en œuvre ?
Jocelyne Berdu
