Pour une lucidité radicale(conribution collective DA Paris 19è - juin 2009)
« A force de donner la préférence à l’urgence par rapport à l’essentiel, on en arrive à oublier l’urgence de l’essentiel. »
Edgar Morin
Les « grands soirs » ont fait faillite. Ils n’ont pas répondu aux espoirs, aux rêves de générations d’exploités, des plus souffrants. Ils ont certes fait avancer l’Histoire, mais ils l’ont le plus souvent fait reculer d’autant.
Aujourd’hui, le débat est donc tranché sur la question de la fin et des moyens, sur les dogmes réputés intangibles, sur la démocratie verticale, sur la dichotomie individu/collectif. En un mot, l’Histoire s’est prononcée sur le parti qui pense pour tous, la politique totalitaire même quand elle se pare du nom de socialisme. Par ailleurs la social-démocratie elle-même est en crise. Tout cela est obsolète, notamment parce que les évolutions techniques, scientifiques, sociologiques, malgré leurs effets négatifs, ont créé d’autres besoins, de nouvelles aspirations, suscité d’autres exigences, en rupture avec les vieilles pratiques. Nous savons ce dont nous ne voulons plus et que nous n’acceptons pas.
Le temps est venu de ce que Deleuze et Guattari appellent les « révolutions moléculaires », et de ce que Ségolène Royal nomme la « lucidité radicale », un des fondements de la démocratie participative.
Les concepts, comme l’Histoire, se créent, évoluent, se « bricolent » (Deleuze) en se confrontant à la réalité. Les révolutions moléculaires ce sont les prises de pouvoir de chacun sur son propre destin, son environnement sociologique et politique. A la verticalité d’un pouvoir réactionnaire, s’opposent la transversalité, le partage, l’écoute de ses propres désirs et des désirs de l’autre. Respecter et se faire respecter, accepter l’altérité. Voici venu le temps des réseaux et des rhizomes.
Ainsi les UPP ne sont pas de simples colloques, ou échanges entre intellectuels, elles ont vocation politique : informer et former, c’est-à-dire donner aux citoyens, une écoute, la parole, la capacité d’agir. Contre la société du slogan ou du spectacle, contre le prêt-à-penser de la routine partidaire, il nous faut préparer la seule prise de pouvoir qui compte parce qu’elle est pérenne : celle qui s’appuie sur la connaissance. Nous attendons des UPP qu’elles rappellent, nomment, précisent et travaillent sur les fondamentaux, les dysfonctionnements sociaux, les attentes des citoyens. Nous avons besoin de forger des méthodes d’appropriation de la connaissance et du pouvoir agir. Nous devons nous servir des technologies, internet en particulier, pour qu’elles participent d’une véritable communication, non frelatée, au service de l’intelligence collective et d’une révolution pacifique. Les UPP constituent un outil fondamental : apprendre à écouter, à se parler, bâtir des ponts et donner du sens à l’action. Il s’agit aussi d’un laboratoire pour créer du lien.
Dans notre société éclatée, fragmentée, où nos repères se délitent, souvent c’est à juste titre que la jeunesse se détourne de l’engagement politique. Comment ne pas s’interroger sur l’extraordinaire engagement associatif, humanitaire, culturel, sportif, des jeunes et sur leur désengagement de la politique et syndical sous leurs formes actuelles ?
L’individu aujourd’hui ne peut s’engager que sur ce qui lui tient à cœur, et à passion. Il est faux de croire que la jeunesse est résignée ou indifférente. Non, elle ne trouve pas sa place dans les jeux des appareils institutionnels ou politiques. La démocratie représentative, dans son fonctionnement et ses dysfonctionnements actuels, joue-t-elle encore son rôle ? On peut en douter. Pour autant, nous refusons les fausses alternatives : la démocratie directe est une impasse, les communautarismes divers un danger. Il ne s’agit pas de choisir entre l’élu et le citoyen, mais de développer les complémentarités.
La démocratie participative, dans une république laïque, la politique par la preuve expérimentée en Poitou-Charentes par exemple (la responsabilité sociétale, le développement durable, l’environnement….), est une des réponses appropriées et la forme adéquate du combat politique aujourd’hui. Articuler démocratie participative et démocratie représentative, faire en sorte que chacun s’approprie partout où il se trouve, sans aucun renoncement, une parcelle de pouvoir, voilà ce qui constitue une rupture avec le passé, avec les pratiques politiques traditionnelles, voilà ce qui est porteur d’espoir et vecteur de victoire futures.
Comment aujourd’hui réhabiliter la politique, aider à un retour vers l’engagement politique ? La campagne présidentielle a été très révélatrice. Ce qui a attiré des millions de nos concitoyens, ce n’est pas seulement un programme quantifiable, secteur par secteur, de la candidate Ségolène Royal, c’est surtout le fait qu’elle portait leurs rêves, leurs aspirations, et qu’elle aidait par la voie de la démocratie participative à les exprimer. Le refus du cumul des mandats (cette forme archaïque d’un pouvoir féodal), le droit à la parole pour tous, sans complaisance ni démagogie, « l’ordre juste », la nation revendiquée dans toutes ses identités rassemblées, l’expertise des citoyens légitimée, tout cela a été porteur d’espoir. La France métissée prenait enfin valeur et sens, et des centaines de milliers de citoyens se sont précipités vers les urnes pour la première fois.
Aujourd’hui, sous l’impulsion de Ségolène Royal, nous poursuivons ce chemin, ce combat de « corps à corps » contre les injustices, les inégalités, toutes les résignations. Loin des sentiers battus, sachons trouver et emprunter les chemins de traverse.
Dans le combat syndical, aidons a dégager le politique, dans la pratique associative locale, cherchons ce qui change la vie. Comme le prônait le forum social mondial de Belém, « Du global au local, du local au global ». Le combat n’est pas seulement la juxtaposition d’identités, de programmes, de cultures, l’acceptation des autres. Partager, c’est se rencontrer, mettre en commun, transcender les particularités pour de nouveaux objectifs.
Dans chaque quartier, chaque commune, tissons nos réseaux, rassemblons, dans une fraternité revivifiée, pour cette démocratie participative qui se forge modestement dans l’action quotidienne.
La République métissée n’est pas seulement la reconnaissance des différences. Dans tout métissage il y a une trame qui donne sens aux différentes composantes et en assure solidité, pérennité, harmonie. De notre France métissée, c’est la laïcité qui est la trame : elle est garante de notre identité nationale. Elle ne peut être dissociée de nos valeurs républicaines dont elle permet, seule, la pleine expression.
Inventons ! Albert Camus écrivait : « Chaque sentinelle est responsable de tout le royaume ». Nous voilà chacune et chacun sentinelle pour le socialisme de demain, forts de ce désir d’avenir chevillé au corps et qui nous porte.
S’affirmer – Innover – Donner du sens Pour une République laïque et métissée
