01/01/2010

2009 vue par une militante antiracisme


Par Pierre Siankowski, Les Inrocks


Rokhaya Diallo, présidente des Indivisibles. En 2009, elle a organisé les premiers Y’a bon Awards, récompensant les propos les plus racistes. And the winner is…




Les Indivisibles

Notre association ne s’est pas fait connaître parce que nous faisions preuve d’une pertinence éblouissante. Clairement, nous sommes une conséquence de l’ère Sarkozy, droitière et marketing. Parce que Sarkozy a un jour de 2007 nommé Rachida Dati, il croit qu’il peut se permettre de dire un autre jour de 2009 : “Je connais Brice Hortefeux, il n’est pas raciste.” Nous avons souligné ce genre de choses cette année. Avant, les hommes politiques avaient l’excuse du “off”. Hortefeux dit que c’est une image volée. Mais il dit cela dans un lieu public. Nous, nous estimons que nos représentants n’ont pas à tenir ce genre de propos et que l’espace public nous appartient aussi.

Une autre forme de racisme

Aujourd’hui, moi, on ne me traite plus de sale noire quand je me balade dans la rue, c’est beaucoup plus fin que ça, on a dépassé la discrimination. Le racisme, ça va être de me dire que je n’ai pas le droit de me balader avec le drapeau du pays d’origine de mes parents dans la main. On impose une identité, on donne un cahier des charges, on dit “On est français comme ça.” C’est comme une liste de courses, une série de critères, il faut être fier de certaines choses qui appartiennent à la France.

Eric Raoult et son Y’a bon

Nous avons récompensé Eric Raoult d’un Yabon pour l’ensemble de son œuvre en mars 2009. Les gens ne comprenaient pas bien, ils se disaient “Oh c’est un vieux de la vieille, il ne va plus rien faire de mal.” Et puis finalement, en fin d’année, il y a eu l’affaire Marie NDiaye, et il a prouvé que le jury des Y’a bon, composé de Lilian Thuram, Pascal Blanchard, Audrey Pulvar ou encore Vincent Cespedes, ne s’était pas trompé. Raoult, il est député-maire, il a une responsabilité, il ne peut pas dire n’importe quoi. Sur Marie NDiaye, il a dit : “Même Lilian Thuram et Yannick Noah n’en avaient pas fait autant.” Quel est le point commun entre ces trois personnes ?

Ça finit par passer

Je n’ai jamais vu autant de propos racistes nourrir des polémiques que cette année – sans doute la pression des internautes sur les médias. Récemment, il y a encore eu Morano et les musulmans avec leurs casquettes à l’envers. Lorsqu’on a créé les Indivisibles, notre motivation était en grande partie alimentée par l’idée que les propos racistes étaient largement tolérés et répandus dans le discours politique, et leurs auteurs impunis. Aujourd’hui, les auteurs de ces propos, désormais qualifiés de “dérapages”, doivent systématiquement se justifier. Mais les justifications sont généralement grossières et ça finit par “passer” : d’une part parce qu’on les oublie (Valls à Evry), et surtout parce que ces propos n’ont pas de conséquences graves sur les carrières (Hortefeux, Frèche), sauf quand les “dérapeurs” sont des seconds couteaux (le préfet Girot de Langlade, ou le maire de Gussainville).

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